#3 / La porte de l’Atlantique

« Qui voit Ouessant voit son sang, qui voit Molène voit sa peine ». C’est en mijotant ce vieux proverbe breton que Florestan abat les derniers milles qui le séparent de la sortie de la Manche, et arrive en vue de ces deux îles mythiques. Que ce soient les brumes épaisses de la Côte d’Opale ou les écueils des îles anglo-normandes, les obstacles furent nombreux pour le petit voilier depuis son départ de Nieuport. Mais en aucun cas ils n’atteignirent en réputation les périls de la Mer d’Iroise. Du Chenal du Four à la Baie des Trépassés, la mer contourne la Bretagne à la vitesse d’un cheval au galop et donne rendez-vous aux vents les plus forts et aux courants les plus sournois. Le 4 août 2014, Florestan laisse définitivement cet enfer d’eau et de cailloux dans son sillage et « embouque » le Raz de Sein, en franchissant le portique quasi sépulcral que forment le phare de la Vieille et la tour de la Plate.
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Devant l’étrave, désormais, l’océan atlantique. Avec des sensations neuves pour un équipage habitué au clapot court et lancinant de la Mer du Nord. C’est désormais une houle longue et puissante qui berce le voilier et qui lui lance comme un appel à la chevaucher par-delà parallèles et méridiens. Un dernier obstacle cependant avant la liberté du grand large : la traversée du Golfe de Gascogne et sa météo souvent capricieuse. C’est en son milieu que les fonds remontent de 4000 à 300 mètres, créant une mer volontiers chaotique… Pour l’heure, le vent se maintenant résolument au Sud-Ouest, Florestan goûte aux charmes d’une navigation plus douce, le long des côtes de Bretagne Sud, au gré des îles et des estuaires de rivières, attendant le moment propice pour entamer les 72 heures de mer qui le séparent de l’Espagne.

C’est à l’occasion de l’un de ces détours champêtres que nous avons eu le grand plaisir d’accueillir Bernard Foccroulle à bord de notre voilier. Amoureux de la Bretagne, le Directeur général du Festival d’Aix-en-Provence aime s’y ressourcer et y composer, loin de l’axe Bruxelles-Paris-Aix qu’il emprunte habituellement. La conversation s’engage rapidement sur Music Fund et son projet alliant culture et développement. La responsabilité de l’Occident dans le renouvellement des relations avec le Sud, le dépassement des vieux schémas coloniaux au profit d’échanges créatifs et innovants, l’impact d’une telle approche sur le vivre ensemble dans une Europe multi-culturelle : autant de questions qui passionnent cet artiste, intellectuel et penseur de premier plan, et que nous avons recueillies dans une interview que nous diffuserons très prochainement. Pour l’heure, Florestan pointe l’étrave vers le Sud et les côtes de Galice. Silence radio pour trois jours donc. Mais nous vous invitons à suivre notre progression via la balise et vous retrouvons très bientôt pour le premier épisode de notre séjour ibérique.

Jérôme et Alexandra

Port de Sauzon – Belle Île en Mer
47°20’50 N – 3°13’33 W
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