Alors que le Vendée Globe touche à sa fin et que pleuvent une nouvelle fois les records, Nérée Cornuz peaufine la préparation de Rendezvous, son Lello 34 pieds de 1975. C’est que, d’ici 18 mois, le jeune marin italo-suisse coupera la ligne de départ du Golden Globe Challenge 2018 à Falmouth. Le Golden Globe ? Oui, la fameuse course qui a vu le triomphe de Robin Knox-Johnston et qui a fait entrer Bernard Moitessier dans la légende en 1969. Le tour du monde mythique, en solitaire et sans assistance, qui tint la planète en haleine voici un demi-siècle. A 27 ans, Nérée Cornuz est le plus jeune des skippers inscrits à cette réédition très attendue, et probablement l’un des plus motivés. Il se prépare à une longue route par les trois caps, à la vitesse de 5 nœuds, à bord d’un voilier « vintage » où GPS, radars et AIS n’auront pas droit de cité. Un tour du monde de 300 jours sur les traces des pionniers, pour le sport, mais aussi et surtout pour l’art. Rencontre à Richards Bay, en Afrique du Sud, où Rendezvous attend sa mise à l’eau.

Nérée Cornuz, vous êtes un enfant de la voile, non ?

Mon père était suisse. Il a commencé à naviguer dans son pays natal, et puis il s’est découvert une passion pour la voile au large. Il y a eu le Nérée I sur le lac, et le Nérée II, plus tard, en mer. C’est dans ses pérégrinations qu’il a atterri sur une petite île du golfe de Naples où il a connu ma mère. Neuf mois plus tard, j’ai hérité du nom du bateau sur lequel j’ai été conçu et sur lequel j’ai passé les premières années de ma vie. Ma tante est la première capitaine au long cours d’Europe, ma mère est navigatrice et j’ai trois oncles dans la marine marchande, deux capitaines et un chef machine. De mon côté, j’ai également fait des études nautiques. J’ai commencé à travailler en marine marchande à l’âge de 18 ans, et la régate à la voile a toujours été ma passion, depuis tout petit. Avec mes parents, j’ai traversé plusieurs fois l’Atlantique, avant même d’avoir atteint l’âge de raison !

D’ici un an et demi, on vous retrouvera à Falmouth, à bord de Rendez-vous, un Lello 34 de 1975 que vous préparez aujourd’hui en Afrique du Sud. Et vous serez sur la ligne de départ du Golden Globe Challenge 2018.

En 2018, ce sera le cinquantenaire du premier tour du monde réalisé en solitaire, sans escale et sans assistance par Robin Knox-Johnston lors du Golden Globe Challenge de 1968. En son honneur et en hommage à cette course mythique, une nouvelle édition est organisée avec les mêmes types de bateau. Des bateaux à quille longue, conçus avant 1988 et avec un minimum de 20 unités construites, entre 32 et 36 pieds hors tout, et avec un déplacement d’au moins 6,2 tonnes. Donc ce sont des petits escargots comparés aux IMOCA d’aujourd’hui ! L’idée c’est de remettre les concurrents dans les mêmes conditions qu’en 1968. On n’aura droit à aucune assistance depuis la terre, pas de routage, pas de météo sinon les bulletins qu’on peut attraper par radio ou en demandant aux autres bateaux. Pas de technologie à bord non plus, donc pas de GPS, de radar, ni d’AIS. On fait tout au sextant sur des cartes papier.

L'itinéraire de la Golden Globe Race 2018

L’itinéraire de la Golden Globe Race 2018

Pour un passionné de régate, naviguer sur un 34 pieds de 6,5 tonnes, c’est tourner le dos aux sensations qu’on peut avoir avec des bateaux modernes. Qu’est-ce qui conduit un jeune marin à s’inscrire à une régate comme celle-là ?

J’ai toujours eu une vocation pour la régate. Pour la navigation aussi, mais ça m’a toujours fait plaisir de régater et de naviguer pour le sport. Dans la région de Naples, d’où je viens, on navigue à petit budget, sur des bateaux très simples. Je me suis donc souvent retrouvé à régater sur des bateaux très semblables à celui que je prépare pour l’instant. Donc pour moi, ce n’est pas nouveau. Je ne suis pas franchement habitué aux monotypes en carbone de haute technologie. En France aujourd’hui, la plupart de ceux qui régatent le font sur des bateaux de course. En Italie par contre, on a des règles de jauge différentes. L’ORC d’application chez nous favorise les bateaux de croisière. Le niveau de performance est évidemment incomparable, mais c’est ce qui fait qu’il y a beaucoup de bateaux « normaux » qui prennent part aux régates. Moi, j’ai grandi dans ce milieu et je ne me sens pas mal à l’aise quand je suis sur un bateau lent. Le Golden Globe Challenge n’en reste pas moins un événement sportif de haut vol. Je ne me serais pas impliqué dans un projet comme celui-là dans le seul but de naviguer. La quête d’un résultat est clairement ce qui me donne la motivation de me lancer dans l’aventure.

Vous allez passer 300 jours en mer, là où les coureurs du Vendée Globe en mettent moins de 80. Peut-on encore vraiment parler de défi sportif quand on aligne 30 « petits escargots » sur la ligne de départ ?

Il y a une longue phase de préparation qui permet, à l’intérieur de la règle de jauge, d’avoir un bateau qui est peut-être un peu plus performant que les autres. C’est sur cet aspect que je travaille en ce moment. Il y a en tout et pour tout une quarantaine de modèles de bateaux qui répondent aux critères fixés par la direction de la course. La moitié de ceux-là sont des bateaux qui ne peuvent pas prétendre au seuil minimal de performances et qui ne garantissent pas la sécurité du skipper. Je pense avoir trouvé avec le Lello 34 un bon compromis. Actuellement je prépare mon bateau pour aller un demi nœud plus vite que les autres, ce qui peut faire la différence sur 25.000 milles. Dans cette phase de ma préparation, à un an et demi du départ, c’est là-dessus que je concentre mon énergie. Ceci dit, c’est clair que la performance du bateau en lui-même a peut-être un rôle moins important que dans d’autres régates « modernes » où tout est lié à la vitesse…

Le « toujours plus vite » qui électrise la plupart des régates modernes ne sera donc pas parmi les ingrédients du Golden Globe 2018. Où se situe le piment de la course ?

En 1968, les marins qui se sont embarqués dans le Golden Globe n’étaient pas certains que ce serait faisable. Ils allaient vraiment vers l’inconnu, vers l’aventure, pour tester leur propre résistance et celle de leurs engins. Aujourd’hui, faire un tour du monde, c’est à la portée de tout le monde (rires) ! On comprend mieux les phénomènes météo dans les hautes latitudes, on sait comment préparer son bateau et comment lui garantir une solidité structurelle. On domine aussi mieux les enjeux techniques et humains d’une navigation dans les 40e rugissants. À l’époque, à ces différents niveaux, il y avait beaucoup d’inconnues. Certains se sont embarqués sans réelles connaissances de navigation… Je pense que c’est un challenge qui est à ma portée et j’en fais mon objectif. Se confronter à un défi de cet ordre, ça devrait être un aboutissement pour chaque marin, un objectif pour tous ceux qui aiment la mer (rires).

 

Les moyens techniques ont beau être limités, il faut quand même préparer le bateau et financer le voyage…

Le budget est à ma portée, et je compte bien trouver quelques sponsors. Le concept est unique et cela peut motiver des partenaires à s’impliquer. J’envisage par exemple des sponsors techniques qui pourraient mettre leurs produits à l’épreuve d’une navigation de neuf mois dans des conditions terribles. Ce fut déjà le cas en 1968. Je pense que la régate aura suffisamment de visibilité pour qu’un sponsor soit intéressé à investir dans ma campagne. Je ne suis pas un navigateur du Vendée Globe ni un grand professionnel, par contre j’ai la possibilité d’accéder à une régate comme celle-là. J’avais pensé à une mini- transat d’abord, et puis j’ai lu la notice de course du Golden Globe et je me suis dit que c’était pour moi.

Un demi-siècle après la victoire de Robin Knox-Johnston, il y a une chose qui n’a pas changé, c’est la mer des 40e rugissants et ses déferlantes. Comment se prépare-t-on à cette rencontre ?

J’ai souvent navigué dans l’Indien Sud en marine marchande. Y aller avec un voilier, c’est une grande curiosité. Je veux y aller, j’ai envie de voir comment ça se passe. Quand tu es sur un cargo de 350 mètres en acier, tu te rends déjà bien compte que tu n’as pas la maîtrise des choses. Mais tu es sur un engin qui est construit pour combattre les éléments, tandis que quand tu es sur un voilier, tu es sur quelque chose qui glisse. Je pense que si tu fais attention à ton environnement, à ta manière de naviguer, tu es probablement plus en sécurité sur un petit bateau que sur un grand. J’ai eu des mauvaises expériences en marine marchande dans le grand Sud… Un jour le moteur s’est étouffé, et on s’est arrêté par force 8, en travers des vagues, avec le bateau qui roulait à 45 degrés. À 47 degrés, c’est l’angle de chavirage. C’était un cargo suisse… (rires). J’étais second officier, j’avais le nez sur l’inclinomètre. Par force 8, les ingénieurs sortaient les pistons du moteur, des pièces d’acier de plus d’une tonne chacune, qui se baladaient de droite à gauche dans la salle des machines. On est resté comme ça 16 heures.

Et la dimension solitaire ?

Je suis bien tout seul, voilà ! J’ai envie de me mesurer à un projet de navigation en solitaire, en régate. Le défi, l’aventure et puis le bonheur de naviguer 25.000 milles sans avoir besoin de rien d’autre que de ton bateau et de ton esprit. Ta force, toi-même. Le centre de gravité de la course, et le moteur du bateau, c’est avant tout l’esprit du marin. Le marin devient beaucoup plus central que l’engin dans une course comme celle-là. L’enjeu, c’est de se réveiller chaque jour et de se dire qu’on est en régate et qu’il faut arriver à son objectif. Chaque jour, même après deux, trois mois, il faut continuer à faire ce que tu fais et ne pas te laisser distraire par des pensées qui vont inévitablement te ramener vers la terre. Le principal danger c’est celui d’être distrait de la course. Il faut continuer à visualiser la ligne d’arrivée. Je pense à Moitessier qui était parti pour courir la course et puis qui a fini par faire autre chose. Il ne faut pas exclure ce risque. Il y a d’autres concurrents du Golden Globe de 1968 qui se sont retrouvés submergés par les difficultés et qui ont abandonné. Moitessier a heurté un cargo, il a tordu son bout-dehors, mais il a eu la force et la rigueur d’esprit d’insister et puis de continuer. Cette notion de rigueur d’esprit est centrale pour le solitaire, d’autant plus que tu es seul pendant 300 jours.

Les destins hors du commun de Moitessier, Crowhurst ou Tetley ont largement contribué à l’aura du Golden Globe Challenge de 1968. Comment gère-t-on cet héritage ?

Je me compare tous les jours à Robin Knox-Johnston et à Crowhurst en me demandant quels aspects de leurs personnalités m’appartiennent également. Je ne sais pas, c’est trop tôt pour savoir. Et puis, de temps en temps aussi je me dis que je suis Nérée Cornuz, que je dois faire mon truc. On a tous en nous du Moitessier, du Crowhurst ou du Knox-Johnston. Le plus important, c’est de réussir à s’équilibrer, et à partir. La préparation technique et mentale est la base de cet équilibre. Si à un moment donné tu te rends compte que tu n’es pas à la hauteur de ton challenge, il faut trouver la force d’arrêter, et s’y remettre plus tard, pourquoi pas. Quand tu es seul en mer, tu es entièrement maître de ton destin.

Est-ce qu’on pense à la fortune de mer dans une préparation comme celle-là ?

C’est une option ! Ça peut déjà arriver sur une régate de 500 milles, quand tu pousses un peu le bateau. Alors sur 25.000, je pense qu’il faut savoir lever le pied de l’accélérateur. Mais bien sûr, on n’est pas à l’abri d’un accident. À la différence de 1968, on a des moyens de sauvetage modernes, ce qui me réconforte assez. Je vais essayer de ne pas me mettre dans une situation trop compliquée (rires).

Vous serez le plus jeune skipper sur la ligne de départ à Falmouth en juin 2018. Le Golden Globe, c’est un point de départ ?

Ce n’est en tout cas pas un aboutissement en soi. On verra quel enseignement je vais en tirer, ce que je deviendrai comme personne à travers cette aventure. Ensuite, il sera temps de décider. Aujourd’hui, je vois dans la régate hauturière quelque chose qui me passionne vraiment. Le Golden Globe Challenge 2018 est mon objectif pour les 3 années à venir.

Propos recueillis par Jérôme Giersé

#25 / Bonne-Espérance

À l’extrême sud de l’Afrique, là où la terre se précipite dans l’une des mers les plus féroces de la planète, il y a le Royal Cape Yacht Club. À l’ombre de la Montagne de la Table, la vénérable institution accueille les navigateurs depuis plus d’un siècle. On est rarement sec lorsqu’on franchit pour la première fois son seuil, laissant derrière soi les embruns et la houle. Pour les marins, le « Royal Cape » est aussi célèbre que le cap de Bonne-Espérance tout proche. Quand on arrive de l’Est, son épaisse moquette et ses murs couverts de photos des temps héroïques font figure de récompense. Encore en ciré, un pied sur le barreau du tabouret, l’autre au sol pour bien sentir la terre ferme, les navigateurs fraîchement atterris à Cape Town se retrouvent au bar du club, véritable carrefour des mers. L’endroit a l’allure d’un pub anglais élevé au rang de ministère. La bière y coule à flots, mais avec une dignité particulière. Celle d’un lieu qui a vu passer les plus grands marins et dont les murs résonnent encore des histoires les plus folles, dont certaines appartiennent désormais à la légende.

Depuis la fin de nos aventures musicales au Mozambique, nous avons franchi l’une des étapes les plus importantes de notre périple. Certainement pas la plus longue, en comparaison avec la traversée d’un océan, mais sans conteste l’une des plus exigeantes. L’une de celles dont on sait qu’elle sera difficile, et à laquelle on pense depuis des mois tout en espérant qu’elle ne nous révèlera pas son visage le plus cruel. Débouchant du Canal du Mozambique, le courant des Aiguilles contourne l’Afrique à la vitesse de 4 nœuds. Cette cavalcade des eaux associée à un vent favorable transforme un petit voilier en fusée. On croirait presque à un miracle. Le navigateur français Bernard Moitessier raconte qu’il parcourait 100 km par jour dans la région, par calme plat, à la dérive. Le vent du Nord s’accompagne d’un ciel limpide, le soleil joue avec les embruns, un arc-en-ciel précède l’étrave. Le bonheur en mer, le vrai. Mais bientôt le vent se calme, la houle avec lui et le bateau ralentit sa course folle. Cela fait pourtant 48h que les conditions étaient idéales… Le vent est tout à fait tombé, l’horizon s’ourle d’une frange noire à laquelle on ne prête d’abord que peu d’attention.

La voilà, la réalité de la navigation le long de la côte d’Afrique du Sud. Notre ruban de nuages noirs annonce la bascule du vent, et le passage d’un front qui nous vient droit des hautes latitudes, dans le Grand Sud. Un bulldozer poussant devant lui des vents à plus de 40 nœuds et dont l’effet « à contre courant » ne tarde pas à se faire sentir. À l’instar d’un matou que l’on s’évertuerait à caresser à rebrousse-poil, la mer se hérisse, gonfle, entre dans une colère noire. Le voilier qui n’aurait pas trouvé un abri à ce moment précis se trouve en grand danger. Précipités à la rencontre du vent, les flots enflent à l’extrême. Les instructions nautiques de l’Amirauté britannique pour la zone expliquent comment des vagues de plus de 20 mètres de haut brisent net des cargos d’acier… Les navigateurs qui s’aventuraient le long de cette côte il y a 30 ans ne pouvaient compter que sur leur baromètre. Aujourd’hui, les prévisions par satellite limitent l’incertitude, sans pour autant rendre la mer plus sûre si les conditions devaient se dégrader plus vite que prévu.

À bord de Florestan, la vie s’organise au rythme des vents. Sept à huit jours de vent du sud, accompagnés de pluie et d’un froid de canard, sont suivis de deux à trois jours de vent favorable du nord. C’est au gré de cette oscillation d’une régularité de montre suisse que nous progressons vers Bonne-Espérance. Durban, East London, Port Elisabeth… nous atterrissons systématiquement quelques heures avant que cela ne tourne au vinaigre. Certains tentent le diable, comme Bob, notre ami canadien, parti de Durban pour doubler Bonne-Espérance d’une traite. Retourné par une déferlante au large de Port Elisabeth, pont rasé, malgré les 15 tonnes de son beau voilier. Naviguer le long de la côte d’Afrique du Sud, c’est profiter de la moindre brise pour partir, et accepter que le modeste zéphyr des premières heures se transforme en coup de vent. Nous n’oublierons pas notre passage du cap des Aiguilles, pointe sud du continent africain, par 45 nœuds de l’arrière. Dans une mer blanche d’écume, sous les rayons du soleil austral, les 13 tonnes de Florestan partaient au surf, nous laissant dubitatifs et décoiffés, tout petits à l’ombre des crêtes, 5 mètres au dessus de nos têtes.

Le cap des Aiguilles marque le passage de l’océan Indien à l’Atlantique… On a donc bel et bien fait le tour du monde ? Oui. Et pourtant le port d’attache est encore si loin. Doubler le cap de Bonne-Espérance et revenir dans le giron de l’océan qui nous a vu partir est un grand moment. Un chapitre s’achève, celui difficile de la traversée de l’océan Indien et un autre s’ouvre, qui nous conduira page après page vers l’Europe. Sainte-Hélène, Salvador de Bahia, Cayenne… Nous établissons émerveillés la liste de nos prochaines escales et rêvons déjà aux sensations nouvelles qui nous attendent. Bonne-Espérance est dans le sillage, et aujourd’hui, le grand vent du sud a déjà un goût d’alizé. Paré pour une nouvelle grande traversée, Florestan tire sur ses amarres et nous invite à partir à la poursuite de notre liberté.

Jérôme Giersé & Alexandra Gelhay

Cape Town, Afrique du Sud

Playlist n°11: Black Coffee

Le groupe Outhere Music s’associe au projet humanitaire et culturel de Music Fund et confère au voyage du Florestan sa dimension sonore. Régulièrement, nous vous proposons la « playlist du bord », résumé subjectif et sonore des émotions, des sensations et des échanges qu’autorisent un grand voyage sur un petit voilier…

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En mer, il y a des continents qui dévoilent leur présence bien avant que la terre ne se soit signalée aux yeux. Les nuages sont souvent complices de ce tour de magie: espiègles mais bienveillants, ils se drapent de la couleur de la banquise ou du lagon pour guider le navigateur durant ses longues pérégrinations sur l’eau. En ce mois de décembre 2016, c’est l’Afrique qui se dessine en filigrane sur l’horizon. Le spectacle est d’une beauté inégalable: juste avant de rendre son dernier soupir, le soleil, d’un rouge écarlate, embrase le ciel le temps d’un battement de cœur, avant de céder la place à une nuit claire, constellée d’étoiles. Jamais les couleurs du jour finissant n’ont été aussi chatoyantes et la voûte céleste si pure. L’odeur caractéristique de la terre viendra confirmer nos soupçons deux jours plus tard, peu de temps avant que les dunes du Mozambique ne se dressent devant l’étrave de Florestan.

L’Afrique! Berceau de l’humanité, terre féconde, riche et sauvage! Ici, la nature n’a que faire du commerce des hommes: insolente et excessive, elle comble ou broie selon ses humeurs. Combien de bateaux ne se sont-ils pas perdus dans les vagues monstrueuses enfantées par le courant des Aiguilles ou échoués sur les rochers du Cap des tempêtes, affublé des atours de Bonne-Espérance? Combien d’hommes et de femmes ont-ils à lutter chaque jour contre les ravages de la sécheresse ou des pluies diluviennes ? Et pourtant, à contempler les paysages déchirés du Drakensberg ou les plaines verdoyantes du KwaZulu-Natal, on en vient à penser que Dieu tenait l’Afrique pour favorite.

Aux petites heures de l’année nouvelle, notre petit bateau se lance sur les traces de Vasco de Gama qui, en route pour les Indes il y a 500 ans de cela, découvrait cette région stratégique pour le commerce des épices. De la présence européenne au Mozambique, il ne reste que quelques bâtisses décaties et un peu de cette saudade qui imprime chaque mot de la langue de Camões. De l’autre côté de la frontière, celle que l’on appelle la « nation arc-en-ciel » porte encore les traces de son douloureux passé. Bien qu’elle soit libérée du joug de l’apartheid, l’Afrique du Sud peine à panser la plaie béante causée par les inégalités sociales et le repli communautaire incarné par ces quartiers ceinturés de hauts murs en béton, surmontés de barbelés. « This is Africa » nous disent ici les Afrikaners. « Africa without walls » crie-t-on de l’autre côté.

« C’est au bout de la vieille corde qu’on tisse la nouvelle » (proverbe africain)

 

#23 / Conte africain

Sagement amarré entre une vedette de la police et un patrouilleur de l’armée mozambicaine, Florestan s’apprête à fêter la Noël sous le ciel de Maputo. On ne parlera pas d’étoiles en ce 24 décembre, et pour cause, le ciel est bouché, la température culmine à 42°C et une bande noire ourle l’horizon au sud. D’ici peu, pluie et vent s’abattront sur la baie. Voici 24 heures que nous avons gagné notre refuge, et c’est au spectacle du ballet des bateaux de pêche que nous réveillonnerons, protégés des vagues et du vent par un épais mur de béton. Après le passage du front, lointain écho d’une dépression des hautes latitudes, il sera déjà temps de se remettre en route, et de quitter le Mozambique pour un premier arrêt en Afrique du Sud. Comme toujours, il est difficile de partir. Maputo et son école de musique ont été notre point de mire depuis le départ d’Australie en septembre. Sur une distance approchant un quart de la circonférence terrestre, au gré de courtes escales et de longues navigations, nous avons éperonné Florestan afin de ne pas rater ce grand rendez-vous de l’aventure Music Fund.

Maputo est tout sauf une destination touristique, et si les voiliers traditionnels sont légion, notre bateau n’en détonne pas moins dans le paysage de cette ville champignon. Construite sur une sorte de péninsule au fond d’une profonde baie, Maputo aligne ses avenues et ses places hérissées de gratte-ciels sur un plan en damier. Avenue Karl Marx, Place Robert Mugabe, Rue Kim Il-sung, tout ici évoque l’attachement du Mozambique à l’éventail complet des régimes socialistes à travers le monde, toutes tendances confondues. Les tours rutilantes des banques toisent des barres d’immeubles où croupissent des milliers de familles, aux portes de la misère. À leurs pieds, un trafic intense et complètement anarchique achève de rendre le premier contact avec la métropole africaine un peu rugueux. On sent ici que deux mondes cohabitent sans se connaître: celui du business international et de la finance d’une part, celui d’un peuple laborieux, optimiste mais très pauvre de l’autre.

Aborder une telle réalité avec un voilier n’est pas sans contrainte, la première étant de trouver un endroit où frapper les amarres. Entre une « marina » où s’entassent dans la boue une quinzaine d’épaves, un port de pêche hyperactif et dont le quai n’accueille les voiliers qu’en cas de mauvais temps et un club nautique de la Belle Époque, il fallut faire son choix. Et c’est donc au Clube Naval de Maputo, vénérable institution au parfum colonial, que Florestan a mouillé ses ancres. Fondé en 1913, à une époque où la gentry portugaise s’adonnait aux joies du nautisme, le Clube Naval a peu changé au cours de son siècle d’existence. Aujourd’hui, le bassin est ensablé, les murs qui le séparent des eaux agitées de la baie s’effondrent et les 12 marinheiros en costume bleu et blanc qui veillent au grain n’y peuvent rien. Mouillé par devant, amarré à de vieux anneaux rouillés et aux restes d’un escalier en béton, Florestan complètera d’une certaine façon ce décor figé, et le Clube Naval renouera le temps de notre bref séjour avec sa vocation initiale.

Notre séjour à Maputo coïncide aussi avec la visite sur place de Lukas Pairon, fondateur de Music Fund, et des représentants italiens de l’organisation. Sous la houlette de Cecilia Balestra, directrice du festival de musique contemporaine Milano Musica, un conteneur d’instruments vient d’être distribué à une centaine de jeunes musiciens mozambicains. Des fenêtres de leur hôtel, Lukas et Cecilia ont contemplé l’immense orage dans lequel nous avons fini notre longue traversée depuis La Réunion. Leur accueil n’en est que plus chaleureux et enthousiaste. À un rythme que rien ni personne ne pourra infléchir, ils nous emmènent au cœur du projet Music Fund, et nous rencontrons en quelques heures la plupart des acteurs de l’enseignement musical à Maputo. Dans la foulée, nous délivrons aussi la guitare Godin que nous transportons depuis plus d’un an à bord. Après avoir chanté sous les doigts d’or de Manou Gallo à La Réunion, la guitare offerte par le Ronnie Scott’s Jazz Club de Londres sonnera désormais aux accents du jazz mozambicain.

Soutenir la musique au Mozambique, c’est d’abord et surtout soutenir les musiciens. Des centaines d’instruments collectés en Europe ont été acheminés vers les écoles partenaires. Et puis, puisque c’est aussi une des spécificités de Music Fund, des réparateurs et des luthiers ont été formés. Comme Ozias, par exemple, initié à la lutherie à Crémone ou Anselmo, qui a bénéficié d’une formation d’accordeur de piano de plusieurs mois en Belgique et en France. Leurs parcours nous rappellent ceux de nos amis de Tétouan, mais aussi d’Haïti. Parmi les jeunes que nous rencontrons, il y a encore Maurizio et Julio, tous deux ingénieurs du son qui ont eu entre autres l’occasion de faire un stage à Flagey, à Bruxelles. Pour l’instant, ils sont encadrés par Andrea, un ingénieur du son de Parme qui leur offre plusieurs semaines de son temps chaque année. Associer l’acquisition d’instruments et de matériel à un savoir et à des compétences : la mission de Music Fund consiste bien à poser les bases d’une vie meilleure pour ces jeunes artistes et techniciens.

Et l’équipage de Florestan dans tout cela ? Pour notre séjour à Maputo, Lukas et Cecilia nous ont concocté un programme intense, fait de rencontres avec les responsables de la vie culturelle locale mais aussi de cours à l’ECA, l’Escola de Comunicação e Artes qui n’est autre que la faculté artistique de l’université de la ville. Notre mission est clairement définie : offrir aux étudiants un atelier destiné à faire le lien entre leur pratique musicale et le monde professionnel. Nous dispenserons ainsi près de 25 heures de cours à nos amis, évoquant successivement avec eux les aspects artistique, culturel et économique de la vie de musicien. Conçues comme des échanges très libres, ces séances nous permettent également de prendre la mesure des défis qui attendent ces jeunes artistes dans un pays comme le Mozambique. Allier débrouille et véritables opportunités professionnelles est le lot de la plupart d’entre eux. Mais tous le savent : ils sont les artisans de leur propre succès et leur force naît de leur organisation, de leur talent et de leur persévérance. Non, décidément, il n’est pas facile de quitter le Mozambique.

Jérôme Giersé & Alexandra Gelhay

Maputo, Mozambique

Playlist n°10: Journal de bord

Le groupe Outhere Music s’associe au projet humanitaire et culturel de Music Fund et confère au voyage du Florestan sa dimension sonore. Régulièrement, nous vous proposons la « playlist du bord », résumé subjectif et sonore des émotions, des sensations et des échanges qu’autorisent un grand voyage sur un petit voilier…

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Nonchalamment déposé sur la table à cartes, entre les instructions nautiques et les cartes marines, le journal de bord interpelle quiconque met le pied sur un voilier. Ce livre d’une centaine de pages, toujours ouvert à la date du jour, est la mémoire du voyage. Ses colonnes regorgent d’informations techniques, et c’est d’une main tantôt lasse, tantôt fébrile que l’équipage consigne, entre deux quarts, la progression de Florestan sur les flots, les caprices de la météo ou encore la hauteur des montagnes d’eau qui portent le bateau toujours plus vers l’ouest depuis deux ans. Mais le journal reprend également les événements, anodins ou exceptionnels, qui viennent ponctuer la vie en mer. Le moindre navire croisé au large, bateau de croisière pimpant ou épave en voie de décomposition, gagne une ligne dans le grand cahier bleu, tout comme les diverses curiosités flottantes, les oiseaux de mer, les phénomènes météo hors du commun, les avaries et les accidents. Ainsi, la visite quotidienne d’une colonie de fous de Bassan entre le Vanuatu et l’Australie ou un orage généralisé dans le pot-au-noir, au large des côtes de l’Equateur, sont-ils longuement décrits dans un style alternativement humoristique et exalté, en fonction de l’intensité du moment vécu. Car le livre de bord se veut aussi le journal intime du navigateur, reflet de ses nombreux états d’âme, des joies les plus éclatantes aux ras-le-bol les plus profonds. Feuilleter ces pages noircies dans le secret de l’océan, instantanés précieux de quelques morceaux de vie fondus dans le grand bleu, constitue une plongée dans l’univers fascinant de la navigation. En voici quelques extraits.

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6 décembre 2014, 7h30: « Arrivée à Tarrafal, sur l’île de São Nicolau (Cap Vert), le jour de la Saint-Nicolas… »

8 décembre 2014, 15h30: « Mouillons l’ancre devant Santa Luzia (Cap Vert). Île déserte. »

24 décembre 2014, 23h: « Le vent est tombé tout à fait depuis 18h. Florestan est à la dérive. Passons le réveillon de Noël sur une mer plate, dans le silence absolu, au clair de lune. »

30 décembre 2014, 10h30: « Latitude : 14°41’14 ». Bach n’est pas loin ! »

4 janvier 2015, 17h: « Arrivée au port du Marin (Martinique) après 18 jours de mer. Echouage dans 40 cm d’eau. Florestan tracté par 5 annexes de 5 plaisanciers solidaires. »

23 mai 2015, 21h: « Orage généralisé. Peu de route parcourue, au 120°, à éviter les coups. Nombreux éclairs, 30 noeuds de vent. Plancton phosphorescent et dauphins ‘torpilles’. Trombes d’eau. »

29 mai 2015, 23h45: « Passage de l’Equateur par 84°44’75 » de longitude ouest. Visite impromptue à bord de Neptune (dit « Père La Ligne ») et de sa délicieuse épouse Amphitrite. »

8 juin 2015, 1h30: « Deux virements de bord pour éviter cargo. Pas de réponse à la radio. Préparé fusée parachute. »

24 juin 2015, 8h: « Mettons à la cape. Jérôme plonge pour enlever filet de pêche coincé dans l’hélice. Alexandra surveille requins. »

26 juin 2015, 20h: « À l’ancre dans la baie d’Atuona, sur l’île d’Hiva-Oa (Marquises), après 36 jours de traversée. Quelle paix! »

12 juillet 2016, 18h: « Depuis 3-4 jours, au coucher du soleil, ils arrivent. D’abord, tournent longuement autour du bateau, puis un plus courageux que les autres aborde le bateau par le panneau solaire. Cinq ou six petites séances de patinage et grands coups d’aile infructueux puis, finalement, atterrissage réussi. Le haut des panneaux permet de coincer les pattes, mais ça glisse. S’ensuit donc une succession de glissades de gauche à droite. Tentatives de freinage à coups d’ailes qui se coincent partout. On s’émerveille avant de chasser gentiment le visiteur. Revient deux ou trois fois avant d’avoir compris. Pousse un cri furieux au moment de son dernier envol. Puis va « incognito » se poser sur le balcon avant. Vite surpeuplé… »

7 septembre 2016, 16h: « Croisons bateau de pêche indonésien. Tente de nous approcher. Mettons le moteur pour l’éviter. Course-poursuite d’une heure, avant de le distancer. »

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#22 / Un bouchon dans l’Océan Indien

Il est de ces paradis longuement convoités dont les clés semblent vouloir vous échapper au dernier moment. À mi-chemin de notre traversée de l’Océan Indien, l’atoll des Cocos Keeling nous promettait ses eaux turquoises, la protection de son lagon et l’ombre de ses cocotiers. Au terme de trois semaines d’une navigation passée à déjouer les tours et les détours d’une météo changeante et capricieuse, l’apparition sur l’horizon de frondaisons vert tendre fut accueillie avec des cris de joie. C’est qu’on le méritait notre atoll ! Le vent qui soufflait grand frais, la houle puissante qui trace inlassablement sa route depuis les hautes latitudes nous l’avaient promis en récompense de nos efforts. Un virement de bord, la passe, et voici l’ancre mouillée par 5 mètres de fond. La plage est déserte, un groupe de six petits requins « pointe noire » salue notre arrivée d’un ballet souple et gracieux. C’est assez surprenant, mais même sous les ciels les plus noirs, l’eau d’un lagon reste d’un bleu parfaitement lumineux. Et lorsque la tempête semble vouloir plier les cocotiers au point de les faire toucher l’eau de leurs palmes, le clapot infernal qui s’empare des flots garde les couleurs du paradis. En quelques heures la bonne brise de l’arrivée se transforme en fort coup de vent et il est bientôt temps de mouiller une deuxième ancre. Florestan tiendra tête cinq jours. L’aiguille de l’anémomètre se dandine dans le rouge sur son cadran que nous contemplons l’œil morne. Le vent hurle dans le gréement, noie l’horizon d’embruns, charrie de gros nuages qui éclatent en une pluie horizontale. À quelques centaines de mètres devant nous, une houle colossale vient mourir sur le récif en un feu d’artifice d’écume.

En septembre dans l’Océan Indien, le compte à rebours est en marche. D’ici quelques semaines la température commencera à s’élever, la mer se réchauffera de quelques degrés, les orages succéderont aux calmes plats dans une ambiance de fournaise. De temps à autres, une dépression tropicale se creusera un peu plus que les autres et se transformera en un cyclone semant mort et désolation sur son passage. La saison humide nous talonne et nous presse donc de gagner dans le sud. Ce 1er octobre, quelques heures à peine après le retour du beau temps sur les Cocos Keeling, Florestan relève ses ancres et met le cap sur l’Île Rodrigues, poste avancé des Mascareignes, à plus de 3500 kilomètres dans le sud-ouest. L’archipel australien disparaît peu à peu dans les crêtes alors que nous établissons les voiles et que nous réglons le pilote automatique sur 260 degrés. Depuis notre départ de Darwin le 3 septembre, nous avons peu ou mal dormi. Notre alimentation s’est composée essentiellement de conserves. Nous sommes fatigués alors que la houle s’empare à nouveau de notre bateau pour une chevauchée de plus de 15 jours.

L’Océan Indien a mauvaise réputation. Dans le grand sud, il est le théâtre de formidables tempêtes. À notre latitude, le vent souffle avec moins de fureur mais la mer levée par l’alizé se conjugue à une houle venue des Quarantièmes rugissants. Dans un décor souvent dantesque, Florestan oscille comme un métronome, son mât battant la mesure au rythme saccadé de cette mer croisée. À bord, la moindre activité devient une prouesse : quand l’eau de vaisselle jaillit d’elle-même hors de l’évier ou qu’on perd l’équilibre même au fond de son lit, les règles changent. Dans le tonnerre des vagues qui viennent briser sur notre coque d’acier, Florestan escalade et dévale de véritables collines d’eau salée. Parfois, dans une rafale, le bateau présente son flanc à la lame. Il suffit qu’une vague déferle à ce moment précis pour que les paquets de mer balayent le pont et le cockpit. L’une d’elle, plus haute que les autres, nous a frappés avec une telle violence que nous avons cru avoir heurté un conteneur à la dérive. Lorsque l’eau se fût retirée, une vingtaine de petites pieuvres s’agitaient autour de nous dans un reste d’écume. Ce soir-là, la boîte de cassoulet est restée dans son équipet…

La traversée de l’Océan Indien, c’est aussi pour nous le moment de penser à la suite de nos aventures musicales. En décembre, nous arriverons à Maputo. Nous livrerons à son destinataire mozambicain la guitare offerte par le musicien anglais Nitin Shawney et le Ronnie Scott’s Jazz Club de Londres. Voici près d’un an que nous en prenons le plus grand soin à bord du bateau. Elle symbolise à elle seule l’incroyable mouvement de solidarité qui entoure les activités de Music Fund, à travers le monde. Notre atterrissage sur les côtes d’Afrique coïncidera aussi avec l’arrivée d’un conteneur rempli d’instruments de musique, don de Valle dell’Acate, un viticulteur sicilien inspiré par le voyage de Florestan. Parce qu’un « fil subtil unit la musique et la mer, entre sons et silence, parce que de la même manière que le bateau franchit les océans, jour après jour à travers lieux et cultures, la bouteille de vin est le fruit d’un processus lent et riche. Ils symbolisent tous deux le temps et la patience nécessaires pour mener à bien un grand projet. » Ces mots de Gaetana Jacono, propriétaire du vignoble et amoureuse de vin, de musique et de la mer, résonneront particulièrement fort en décembre à Maputo. Des dizaines d’instruments collectés et restaurés par Music Fund commenceront alors leur nouvelle vie dans les mains d’autant de musiciens en herbe.

 

 

Jérôme Giersé & Alexandra Gelhay

Port Mathurin, Rodrigues, Îles Mascareignes

 

 

 

Playlist n°9: Les copains d’abord

Le groupe Outhere Music s’associe au projet humanitaire et culturel de Music Fund et confère au voyage du Florestan sa dimension sonore. Régulièrement, nous vous proposons la « playlist du bord », résumé subjectif et sonore des émotions, des sensations et des échanges qu’autorisent un grand voyage sur un petit voilier…

> Ecouter la playlist sur Spotify

« Pour moi, la navigation, c’est surtout les rencontres du hasard avec tous ceux qui errent sur les mers – et il y en a ! – avec des compagnons qui sont partis avec le vent en poupe et l’ont reçu dans le nez, qui en ont vu de dures, qui adorent ça et le racontent sans en faire un plat. » (Patrick Van God)

À Patrik, Monika, Oliver et Cassandra

Dans l’imaginaire collectif, la navigation à la voile est immanquablement associée à la solitude des grands espaces, et plutôt affaire d’autistes et de misanthropes en rupture avec la société. Ceux qu’on appelle communément les « voileux » n’hésitent pourtant pas à se rassembler. Certes, la mer est sillonnée par quelques loups solitaires fuyant tout contact humain. Certes, tous les voyageurs partagent un même amour pour les endroits reculés et les mouillages isolés. Mais par-delà l’introspection qu’offre le miroir de la mer et l’absolue nécessité de se créer un coin d’intimité dans un espace de vie qui en offre si peu, surgit le besoin de sortir de soi, de rencontrer l’Autre, de nouer des liens. Ainsi une longue traversée n’a-t-elle de sens que parce qu’elle se termine autour d’un verre, dans le réconfort de l’amitié naissante. Et l’on s’invente alors une nouvelle famille, solidaire, folle et joyeuse, animée par une même envie d’aller voir ce qui se passe ailleurs, derrière la ligne d’horizon. « Où es-tu, mon pays adoré ? Je t’ai cherché, pressenti, mais jamais connu! » Parfois, les chemins du vent apporteront une réponse à ce questionnement existentiel du poète-voyageur. Souvent, celui-ci n’aura d’autre choix que de lever l’ancre et continuer à chercher. Et comme pour conjurer le sort, il saluera d’un simple geste de la main ceux qui lui auront apporté, si loin de tout, un peu de chaleur. Pour ne pas dire adieu.

Allüberall und ewig blauen licht die Fernen! (« Partout et éternellement, l’horizon sera bleu! ») / G. Mahler, Das Lied von der Erde: Der Abschied

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Toutes les bonnes choses ont une fin. Et si l’horizon présentait son habituel visage d’infini alors que nous quittions les eaux du Vanuatu ce 3 juillet, les embruns n’avaient pas tout à fait la même saveur que de coutume. Quelque chose comme une vague amertume, un arrière-goût de pas assez. Florestan se cabre dans une forte houle qui déferle, semble rechigner à tailler sa route comme pour nous dire : « Non, pas déjà ! » Mille milles nous séparent du Queensland, dix jours d’une navigation dont nous sommes désormais familiers, mais avec cette particularité qu’au bout de la route s’achèvera notre traversée de l’océan Pacifique, entamée voici un peu plus d’un an. C’est un monde qui vient mourir sur les côtes d’Australie dans un bouillonnement d’écume. Un univers dont nous n’aurons exploré qu’une infime partie, mais dont les merveilles nous habiteront longtemps encore. En quittant le Vanuatu, l’alizé gonfle déjà nos voiles d’un vent de nostalgie et dix jours plus tard, le halo lumineux de Cairns nous privait définitivement du scintillement des étoiles.

Pour Florestan et son équipage, le Vanuatu fut donc la dernière escale insulaire, avant le retour à la modernité et à ses pompes. Seules trois des 80 îles de l’archipel ont l’électricité. La nuit, les nuages accrochés aux sommets des volcans brillent d’une inquiétante lumière orange, reflet de la fournaise qui somnole au fond des cratères. Égrainées sur la ceinture de feu du Pacifique, les îles du Vanuatu ne dorment que d’un œil. De Tanna à Gaua en passant par Ambrym, fumerolles, lacs de lave et tremblements de terre font partie du quotidien. Le passage des cyclones pendant la saison humide ainsi que les tsunamis qui frappent régulièrement le pays achèvent de rendre le terrain peu propice aux investissements étrangers et au développement d’infrastructures modernes. Les îles au relief accidenté sont parcourues de sentiers, les bateaux de marchandises et les ferries accostent à même les plages de sable noir, çà et là une piste herbeuse permet l’atterrissage d’un petit avion pour les urgences.

Couvertes d’une épaisse forêt vierge, les îles ne sont probablement pas beaucoup plus accessibles aujourd’hui qu’elles ne l’étaient à l’époque du Capitaine Cook. Très isolés et en parfaite symbiose avec leur nature, les ni-Vanuatu (les habitants du pays) ne semblent pas concernés par les vertiges du monde moderne. Les villages s’organisent en chefferies traditionnelles, réglées par des lois coutumières ancestrales. Le bambou et le pandanus restent les matériaux privilégiés pour la construction de cases au sol en terre battue. Les toits touchent presque terre pour empêcher la visite d’esprits malfaisants et le feu couve dans la pénombre de l’unique pièce où cohabitent les générations de familles souvent très nombreuses. Autre signe de la bonne santé de la culture du Vanuatu, la survivance de près de 120 langues et dialectes. Compte tenu de la population (230.000 habitants), il s’agit de la plus forte densité linguistique du monde.

Deux siècles de présence européenne ont bien entendu laissé des traces. La toute puissance de la coutume constitue cependant un rempart qui ne laisse filtrer que peu d’éléments, très vite assimilés et intégrés au corpus de traditions, croyances et pratiques locales. Un exemple aussi étonnant que typique est le culte rendu dans certains villages reculés au Prince Philip, duc d’Edimbourg. Le dieu Karapenmun aurait quitté l’archipel pendant la guerre sur un cargo américain et, déguisé en Blanc, aurait remporté la main de la Reine Elisabeth qui, désirant trouver un mari, avait organisé une grande compétition à cette fin. Lorsqu’il apprit qu’on le révérait comme une divinité, Philip/Karapenmun, bon prince, envoya une série de portraits dédicacés à ses adorateurs, allant même jusqu’à inviter une délégation à Windsor en 2007. Une prophétie datant de la fin des années 70 révèle que « dès qu’il débarquera sur l’île, les plants de kava germeront de partout ; les vieux abandonneront leur peau comme des serpents et seront de nouveau jeunes ; il n’y aura plus de maladies et plus de mort, chaque homme pourra coucher avec toute femme à sa convenance. »

D’une île à l’autre, cet étrange syncrétisme fascine et intrigue. Malgré les abus en tous genres dont la population autochtone fut victime deux siècles durant, le Blanc reste accueilli avec une délicatesse extrême. Danses et chants, cadeaux et sacrifice du cochon saluent l’arrivée des visiteurs. À l’ombre de leur forêt cathédrale, les ni-Vanuatu entretiennent l’une des plus extraordinaires cultures du Pacifique sud et sont avides de la partager. Le saut du Gol sur l’île Pentecôte compte parmi ses manifestations les plus extrêmes. Chaque année au mois de mai, à la saison des ignames, une tour de bois de 35 mètres est érigée à flanc de colline, face à la mer. Des différents étages de la tour s’élancent les garçons (parfois âgés de 9 ou 10 ans) et les jeunes hommes du village, les chevilles enserrées dans des lianes, au son des chants traditionnels. En touchant le sol meuble de leurs épaules, ceux qui triomphent de leur appréhension fertilisent également la terre pour l’année à venir.

Alors que nous assistons au saut du Gol les yeux rivés sur le sommet de la tour et sidérés par le spectacle des hommes volants, la traînée blanche d’un avion sur le bleu du ciel nous rappelle qu’il sera bientôt temps de reprendre la mer.

 

Jérôme Giersé & Alexandra Gelhay

Cairns, Queensland, Australie

Quart de nuit

Naviguer avec pour seuls repères la lune, les étoiles et la Voie Lactée, diadème du ciel…

Pour ce nouveau Babel, le voilier belge Florestan nous invite dans son sillage, au cœur de la nuit qui engourdit les membres et trouble l’esprit. Un voyage sonore entre néant et absolu, jusqu’à ce que les premiers rayons du soleil sonnent la fin du quart, jusqu’au réveil du poète, jusqu’à l’accomplissement du rêve.

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PLAYLIST

00:45  Charles Trenet, La Mer – Boîte à musique (autoproduit)

01:05  Guillaume de Machaut, Messe de Nostre Dame : Gloria – Diabolus in musica / Antoine Guerber, direction (Guillaume de Machaut, Messe de Nostre Dame, 2007, Alpha)

06:45  John Cage, Sonata II – Cédric Pescia, piano (John Cage : Sonatas & Interludes, 2012, Aeon)

08:50 The Beatles, Because (Abbey Road, 1969, EMI)

11:30  J.S. BACH, Die Leipziger Choräle : ‘Allein Gott in der Höh sei Ehr’, BWV 662 – Bernard Foccroulle, orgue (Johann Sebastian Bach : Gesamte Orgelwerke, 2009, Ricercar)

19:10  Guillaume Dufay, Nuper rosarum flores – Huelgas Ensemble / Paul Van Nevel, direction (Guillaume Dufay : O gemma lux, 2011, Harmonia Mundi)

25:00   Extrait du film ‘Groundhog Day’ de Harold Ramis, 1993

25:04  Lula Pena, Senhora do Almortão (Phados, 1998, Carbon 7 Records)

29:30  Daniel Brel, Les yeux dans les étoiles – Martin Bauer, viole de gambe (Daniel Brel : Quatre chemins de mélancolie, 2010, Alpha)

35:20  Giovanni Battista Pergolesi, Générique de fin de ‘Bonne nuit les petits’: Que Ne Suis-Je Fougère – Quatuor Syrinx (Philips)

37:30  Giovanni Battista Pergolesi, Les tendres souhaits – Claire Lefilliâtre, soprano / Le Poème harmonique (Plaisir d’amour : Romances et complaintes de la France d’autrefois, 2010, Alpha)

40:40  John Dowland, Mr Dowland’s Midnight – Eric Bellocq, luth (John Dowland : Lute Songs, 2011, Zig Zag Territoires)

41:30  Antonin Dvořák, Rusalka, Op. 114 / Acte 1 : ‘Mesicku na nebi hlubokém’ – Renée Fleming, soprano / Czech Philharmonic Orchestra / Sir Charles Mackerras, direction (Antonin Dvořák : Rusalka, 1998, Decca)

48:00  Anton Karas,  The Harry Lime Theme – From « The Third Man » – Mantovani & His Orchestra (Decca) / Neil Armstrong, First Moon Landing (1969), video

51:30  Hubert-Félix Thiéfaine, Les dingues et les paumés (Soleil cherche futur, 2007, SBME)

55:20  Frédéric Chopin, 24 Préludes, op. 28 : 2. In A minor – Martha Argerich, piano (Chopin : Préludes, Piano Sonata no. 2, 2002, Deutsche Grammophon)

57:25  Gustav Malher, Kindertotenlieder : ‘In diesem Wetter’ – Dietrich Fischer-Dieskau, baryton / Berliner Philharmoniker / Karl Böhm, direction (Mahler : Lieder eines fahrenden Gesellen, Kindertotenlieder, 4 Rückert-Lieder, 2011, Deutsche Grammophon)

63:40   ‘The Real Revolution : Freedom From Fear’, voix du philosophe Jiddu Krishnamurti. Video

64:20  Nina Hagen, Gloria Halleluja Amen (Was denn, 2014, Amiga)

66:00  Richard Strauss, Elektra, op. 58 : ‘Es geht ein Lärm los’ & ‘Was willst du? Seht doch dort!’ – Evelyn Herlitzius, soprano / Anne Schwanewilms, soprano / Staatskapelle Dresden / Christian Thielemann, direction (Richard Strauss : Elektra, 2014, Unitel/Deutsche Grammophon)

69:20  Philippe Boesmans, Chambres d’à côté n°5 – Musiques Nouvelles / Jean-Paul Dessy, direction (Philippe Boesmans : Chambres d’à côté, 2012, Cypres)

72:00  Marguerite DURAS, À propos de l’an 2000. Video / Jun Miyake, Lillies Of The Valley (Pina : Original Soundtrack, 2011, 380 Grad)

77:35  Einojuhani Rautavaara, Piano Concerto No. 3, ‘Gift of Dreams’ : I. Tranquillo – Vladimir Ashkenazy, piano / Helsinki Philharmonic Orchestra (Rautavaara : Piano Concerto No. 3 / Autumn, 2000, Ondine)

87:30  Francis Poulenc, Tel jour telle nuit, FP 86 : 1. Bonne journée – Sophie Karthäuser, soprano / Eugene Asti, piano (Francis Poulenc : Mélodies / Les Anges Musiciens, 2014, Harmonia Mundi)

Production : Alexandra Gelhay / Réalisation : Katia MADAULE

#20 / Korean Mixture

Et il fallut quitter les Tonga. Remettre à la voile, saluer d’un geste de la main tous ceux à qui l’amitié nous lie désormais, embrasser d’un regard ce petit bout de terre qui fut notre port d’attache pendant plus de 6 mois. Des bribes de musique nous parviennent encore alors que nous glissons sous les hautes falaises du mont Talau qui gardent le mouillage. Inlassablement, la fanfare répète. Avec obstination, Florestan reprend le large. Comme toujours, l’amertume de l’au revoir se dissout dans le frémissement de la vague d’étrave. Les voiles se gonflent, le bateau prend de la vitesse, le charme de la haute mer nous gagne. Voici toute une saison que le temps a suspendu son vol, que la course contre l’alizé s’est interrompue. En ces derniers jours d’avril, Florestan retrouve enfin son élément et entame vaillamment la seconde moitié de son tour du monde.

Dernier jour d’école à Neiafu (Tonga)

Quatre jours d’une navigation parfaite nous conduisent aux Fidji, première escale de ce que nous évoquons en souriant comme « la route du retour ». Car, le livre de bord est formel, le 30 avril 2016, à 4 heures du matin, l’antiméridien était franchi. Bien sûr, il reste la moitié du globe à parcourir, mais pour la première fois, les jardins verdoyants de Greenwich ne sont plus dans le sillage mais bien devant l’étrave. Nous réalisons pleinement que notre cap sur le couchant depuis plus de 15.000 milles nautiques nous ramènera finalement bel et bien à la maison. Lovée au creux d’une baie profonde, la ville de Savusavu où nous atterrissons se relève lentement du passage de Winston, l’un des cyclones les plus violents ayant jamais balayé les Fidji. Ici, comme dans de nombreuses autres îles de l’archipel, les tentes fleurissent encore à flanc de colline. Les fruits et légumes sont rares au marché et l’aide alimentaire arrive par cargo de tout le Pacifique sud. Certains villages ont été rasés par le vent et les vagues déferlantes. Des cargos jetés à la côte et juchés en équilibre instable sur les récifs témoignent silencieusement de la violence du cataclysme.

 

Koro, Makogai, Ovalau, d’île en île le tableau se répète. Deux mois après la tempête, les bûcherons sont toujours à l’œuvre pour déblayer les routes et désenclaver les villages. Dans des tentes pourvues par la Chine, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, des familles entières attendent de retrouver une vie normale. Sur une plage déserte, les lames de fond ont fait surgir des profondeurs les débris d’un bateau coulé voici plus d’un siècle. Un peu plus loin, les ruines de ce qui fut l’immense léproserie des Fidji jusqu’en 1979 dressent leurs pans de mur au milieu des banians et des cocotiers couchés par Winston. Des 19 maisons en tôle et en bois qui bordaient le site, il ne reste rien. Comme partout dans les îles du Pacifique, l’optimisme reste de mise et les Fidjiens évoquent leur situation sans pour autant céder au désespoir. Le vent n’a pas ébranlé la solidarité et le sens de la vie en communauté. Au beau milieu du chaos s’élèvent les cris et les rires des enfants.

Parmi les bâtiments miraculeusement épargnés par les cyclones, tempêtes tropicales et autres bourrasques des mers du sud, se dresse sur les hauteurs de Suva la petite église St Andrews. Avec une poignée d’édifices coloniaux, la modeste chapelle entièrement en bois semble défier les éléments, les champignons et les xylophages. Construite en 1883, l’église St Andrews vibre encore du chant des pionniers presbytériens qui la conçurent. Elle nous parle de ce temps où Suva était une bourgade de planteurs de canne à sucre, de ce temps où la vapeur des steamers nimbait les rives de la baie d’un brouillard quasi londonien. Aujourd’hui, Suva est une petite métropole cosmopolite et métissée, la plus grande ville des îles du Pacifique sud. Les immeubles des banques et les centres commerciaux encerclent l’immense marché couvert de la ville, véritable « ventre des Fidji ». La nuit venue, Suva la commerçante retrouve sa vraie nature, celle d’un port des tropiques où affluent marins et aventuriers en tous genres, où le plaisir et le crime cohabitent en bonne intelligence.

Fait tout aussi surprenant que sa longévité, l’église St Andrews abrite aussi l’unique orgue à tuyaux des Fidji. Un vieil instrument bien mal en point, mais néanmoins joué tous les dimanches par Mrs Park, une Coréenne de 60 ans, mue tant par son amour de la musique que par sa passion pour la gastronomie du Pays du Matin calme. Quand Mrs Park ne joue pas d’orgue, elle cuisine. Et quand l’équipage du Florestan immobilise l’orgue pendant deux jours pour un accord général, Mrs Park ne quitte pas son wok. L’accord du principal 8’ et de l’octave 4’ fut salué par une première salve de kimchi (du chou fermenté) et de bœuf au sésame. Le lendemain de bonne heure, alors que nous entamions la mixture 3 rangs (NDLR: un jeu de l’orgue), c’est toute une caisse que nous livre Mrs Park avec un laconique « Lunch ! » Le casse-croûte avoisine les 5 kilos. À peine arrivée, la voici repartie avec la promesse de nous préparer du tourteau et des palourdes pour le lendemain. À l’heure où nous écrivons ces lignes, plusieurs semaines ont passé. L’orgue de St Andrews sonne à nouveau sous les doigts de sa délicieuse organiste. Et sur Florestan, 3 litres de sauce soja de Séoul, autant d’huile de sésame, 2 kilos d’algues et de quoi préparer du kimchi pour 5 ans garderont longtemps encore la saveur de l’amitié.

Jérôme Giersé & Alexandra Gelhay

Luganville, Espiritu Santo (Vanuatu)